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Sommes-nous prêts à payer pour des services professionnels sur le Web?



Partout au Québec, nous entamons une septième semaine qui frôle l’irréel. Entre ceux qui travaillent au front et ceux qui sont isolés à la maison, il n’y a pas de situation idéale et plusieurs semblent avoir pesé sur le bouton « pause » dans l’attente que la vie revienne « à la normale ».

Mais est-ce qu’un retour à la normale est possible?

On parle depuis quelques jours de déconfinement, d’immunité collective. On ne sait pas de quoi sera fait demain, comment sera la vie la semaine prochaine, cet été, à l’automne et même d’ici le printemps 2021 où on pourrait peut-être voir la lumière au bout du tunnel avec l’apparition d’un vaccin.

Bien que l’on parle de déconfinement, la distanciation physique demeure. Elle risque même de se poursuivre encore longtemps et de nous mener vers de nouvelles façons de vivre, d’être en relation avec les autres, de consommer.

Plusieurs entreprises vont fermer, d’autres vont réussir à s’adapter. On l’a vu beaucoup dans les dernières semaines; les entreprises se tournent rapidement vers le Web pour continuer d’offrir des services et espérer survivre à cette crise.

À travers cette nouvelle réalité qui est davantage perçue comme « temporaire » (probablement par déni), nous voyons surgir sur Internet un élan du cœur pour supporter et accompagner ceux et celles qui se voient privés de salaire, en offrant divers services gratuits en ligne : formations, ateliers, conférences, services conseil, activités, prestations d’artistes, numéros d’humour, etc. Comme si les entreprises se disaient « tant qu’à ne plus travailler, aussi bien aider mon prochain et être présent sur le Web en attendant que la crise passe ».

On voit le meilleur de l’humain se manifester et c’est tout simplement merveilleux. Mais.... il y a quand même un petit effet pervers.

Et si la crise ne passait pas?

Et si la nouvelle façon de faire des affaires et de consommer passait désormais par le Web? Et si l’achat local en ligne ne se résumait pas qu’à acheter des légumes aux producteurs locaux, des repas au restaurant du coin ou des livres à notre librairie préférée? Et si les formations, les services de consultation, les conférences et les spectacles se déroulaient désormais uniquement en ligne? Est-ce que le consommateur est prêt à s’adapter à cette nouvelle réalité et à payer le juste prix pour le même service ou divertissement, sur le Web?

OUI aux services gratuits. OUI à l’accompagnement et au support de notre collectivité pour alléger la charge financière des individus. OUI à la solidarité et à l’amour de notre prochain. OUI à ouvrir nos cœurs aux gens qui nous entourent et qui vivent des drames humains épouvantables. C'est nécessaire et important de le faire pour que tous ensemble on puisse arriver à supporter cette situation qui devient de plus en plus insupportable.

Mais il faudra éventuellement, comme collectivité, faire un virage et continuer d’investir dans les entreprises de services et de divertissement qui, présentement, déboursent de leur poche pour travailler, en attendant la suite.

Il faudra continuer d’investir, non pas par charité, mais simplement parce que le service offert en ligne est d’aussi bonne qualité que celui offert en personne. Parce que ce service, peu importe de quelle façon il se rend au consommateur, nécessite autant, voire même plus, de préparation, d’efforts, de connaissances, d’expertise, de moyens financiers et que le résultat est le même en bout de ligne pour celui ou celle qui en profite. Et aussi parce que ces fournisseurs de services, ces formateurs, ces conférenciers, ces chanteurs, ces humoristes doivent continuer à payer leur hypothèque et à nourrir leur famille.

Et l’achat local dans tout ça?

Qu’on le veuille ou non, le Web est la nouvelle norme. Cette réalité est la nôtre pour un bon moment. Il va falloir, plus que jamais et tous ensemble, se tenir debout pour le commerce de proximité.

On n’encourage pas nos entreprises, on investit dans l’entrepreneuriat local pour que notre économie reste forte et pour assurer la vitalité de nos communautés. Peut-être même que notre ancienne façon de consommer ne reviendra plus jamais comme avant. Alors tant qu’à consommer sur le Web, soyons solidaires, consommons le Web local.

Les services en ligne n’ont pas à être gratuits simplement parce qu’ils sont sur le Web. Le yoga ne devrait pas être gratuit. Ni les spectacles « live » d’artistes. Ni les services conseils professionnels de toutes sortes offerts sur ZOOM. Pour quelques semaines Ok, mais pas pour toujours. Ces services n’ont pas moins de valeur parce qu’ils sont sur le Web. Les formations diverses offertes à distance ne sont pas moins efficaces, pertinentes et efficientes parce qu’elles sont offertes derrière un écran. Tous ces services méritent une compensation financière pour l’expertise des individus, le temps et l’énergie investis.

Pour notre économie, une prise de conscience collective est nécessaire. La réalité est que les petites entreprises locales de biens ET de services doivent se réinventer et ce que nous sommes en train de créer présentement n’est pas quelque chose de temporaire pour la plupart d’entre nous.

Il faudra, ensemble, ouvrir grand notre cœur à nos entreprises locales. Que l’avenir des petites entreprises créées par des gens de chez nous soit au cœur de nos préoccupations dans nos choix de consommation.

Après tout, qu’on soit travailleur autonome, petite entreprise ou salarié, tout le monde souhaite être reconnu pour son expertise, son expérience et son talent à sa juste valeur. Chacun aspire à faire une différence dans sa collectivité et la bienveillance ça fait du bien, mais en bout de ligne, l’objectif premier de travailler c’est de pouvoir en vivre, et ce serait bien de pouvoir en vivre encore longtemps. En tant que consommateurs, gardons en tête tout l’impact que nos choix peuvent avoir dans notre communauté.

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